jeudi 26 juin 2008

La loi de Murphy


Tout ça commence par un réveil qui sonne trop fort.
Et trop tôt.
4h30 du mat.
J'ai un peu moins la tronche en kit Ikéa de la veille, (vu que je me suis fait tisane + dodo à 21h30), mais c'est loin d'être la joie.
1 quart d'heure pour émerger en écoutant Europe 1 et Fréderic Taddeï qui parle de la vie d'un gars qu'on connaît pas.
Se laver.
Se coiffer (design fashion, et très étudié, façon jeune salarié attentif mais à qui on lui fera pas grâce à sa coupe de djeunz)
Déjeuner (Putain, y'a plus de Chocapic ni de Miel Pops, faudra se contenter de Lion tout mous)
Petit Pipi (vérifier que Laurent Cabrol dit qu'il pleut dans le nord)
Bonjour au Papa à la tête spéciale tête dans le cul (à 5h30 c'est un peu moins balaise qu'une heure avant mais quand même) et vroum vroum c'est parti.
Là, je passe à RTL2, parce que déjà que je m'endors sur la route, les bulletins météos toutes les dix minutes, ça aide pas.
Après avoir bravé la mort en apprenant à conduire les yeux fermés j'arrive à 6h pile à la Poste, heureux de commencer une journée de boulot.
Plus que 3.
Et là patatras.
Parce qu'il va se passer des évènements incroyables, avec de la peur, du sang, des crissements de pneus et des grands CRAC ! de tôle froissée, des phares explosées et des bébés en pleurs (oui oui).
Ca va être une journée d'enfer.
(Tatataaaam)

7h25. Je pars pour ma tournée. C'est tôt, hein, je vais en réveiller des gens eh eh eh. On a pas idée de réveiller les gens à cette heure là. Moi j'ai envie de dire, moi je suis levé, qu'ils se lèvent, et même si c'est des gamins de 10 ans qui passent leurs vacances chez leur mamie qui est partie faire des courses pour leur faire un pot au feu à midi, Et puis, 7h, c'est bien, ça permet de réveiller les gens, voir la même tronche déconfite que celle de mon père à 5h30 et en plus, dans certains quartiers, on a même droit a de charmantes femmes en nuisette (dont la rue des Bourses, des choses comme ça, on ne peut pas les inventer), voire moins. Ah et pis aussi, vous êtes bêtes vous les gens, à passer à poil derrière une porte vitrée pour chercher votre slip. Où à rester caché derrière.
Parce que nous, devant, on voit tout.

Enfin, passons. Une moyenne de 66 colis suivis, et pas mal d'autres trucs genre la redoute ou les Editions Atlas dont tout le monde se contrefout, et vroum vroum le gros camion.
Là, à ce moment précis, c'est NRJ et le 6-9. Avant je pouvais pas blairer, et finalement c'est plutôt drôle, et ça détend bien quand on fait sa tournée... pour peu qu'ils ne balancent pas de la House/techno soupe, parce que tu risques de saloper tout tes colis avec tes Miel Pops. - enfin, aujourd'hui, des lions -

Et vroum vroum.
Je passe sur les noms de rues, les colis avisés, et arrive directement à l'essentiel (et c'est pas trop tôt hein).
9h25.
A cette heure précise, une douce brise fleure délicatement le fessier de votre serviteur, mal à l'aise dans un jean sans plus aucune forme et trop grand. A cette heure précise, le 6-9 vient de finir, et je m'apprête à changer pour Nagui et Manu, parce que quand même, ils sont une valeur sûre (même si sacrifiée par le mercato radio). A cette heure précise, je me gare n'importe comment dans la rue Jean Jaurès de Bruay, parce merde, je suis pas là pour faire plein de manoeuvres, ni pour me faire chier.
Je pose mon colis.
Remonte dans le camion.
Bascule sur Europe 2 (ou Virgin Radio maintenant).
Regarde dans les rétros.
Le feu est vert, je laisse passer le monde.
Plus personne.
Clignotants.
La marche arrière.
Se décaler juste un peu histoire de bien voir ce qui arrive par l'arrière.

A cette heure précise, reconnaissons le, je suis un modèle d'auto école.

Et là, un gros CRAAAAAAAAAAAAC.
Tonitruant.
Boum (pour la porte qui se renfonce)
Crash (pour la vitre et les phares qui explosent)
Plouf (pour l'essence qui déborde)
Gniiiiiiiiiiiii (pour le camion qui laisse une énorme trace jaune sur le flanc du bus)

Aie.
Un Bus.

Mais j'ai, eh, ch'uis un guerrier de la route moi.
Je sors.
Ma première pensée, engueuler le conducteur.
La vache, y'a pas mal de dégâts quand même.

"Eh, mais, ça va pas d'aller si vite ???"
"Mais non, c'est vous."

Eh ben oui, merde, c'est moi qui suis en tort.
Saloperies d'angles morts.

Après, bon, le type allait vachement vite quand même, il aurait largement pu m'éviter, parce que j'avais vraiment tout fait comme il fallait, mais dans ces moments là, mieux vaut s'écraser.

En moins de temps qu'il en faut pour le dire, c'est le chaos.
Les gens sortent, mon cerveau prend peu à peu conscience de la gravité de la situation (ou de ce qu'elle aurait pu être).
Et là.
Blam.
J'ai personne à contacter.
Pas de numéros, rien.
Et le conducteur (avec un prénom à la con je crois, genre Jordy, ou Rudy, mais bon, on s'aime pas trop à la base) qui appelle déjà du renfort (super bien organisé le renfort).
Et mon téléphone qui vibre.
Plus de batterie.

A ce moment là, il serait de bon ton, si l'on était dans une série, de placer un clifhanger pas piqué des hannetons grâce à la notion "à suivre".
Mais je sais que vous ne pourrez pas tenir jusque là.
Enfin, quand même, pour le suspens, cette délicieuse recette de Moules Marnières.

Pour 4 personnes
Préparation : 30 min
Cuisson : 10 min
Ingrédients :
2 litres de moules
1 petit oignon
2 échalotes1
½ verre de vin blanc sec
30 g de beurre
1 cuillerée à café de farine
persil haché
½ feuille de laurier
1 branche de thym
poivre
Préparation :
Lavez les moules à l'eau courante en brossant bien les coquilles ou en les grattant au couteau. Eliminez toutes celles dont la coquille est cassée ou entrouverte.
Dans une grande casserole, mettez l'oignon et les échalotes finement hachés, ajoutez le vin blanc puis les moules.
Couvrez et faites cuire à feu vif, en secouant de temps en temps la casserole. Des que les moules sont ouvertes (4-5 min) retirez la casserole du feu, disposez les coquilles pleines dans des assiettes creuses, et filtrez le reste, remettez le jus sur le feu.
Maniez à la fourchette le beurre et la farine et délayez cette pâte avec le jus réduit. Laissez cuire à feu doux, tout en remuant, jusqu'à épaississement de la sauce (au premier bouillon). Poivrez et parsemez de persil haché et versez sur les moules. Servez aussitôt avec du pain de seigle.

Miam miam.
Enfin souvent dans l'épisode suivant, on trouve un truc à la con qui sauve le personnage de sa mort certaine.
V'la que passe, par le plus grand des hasards, ma chef d'équipe, jolie blonde (et sexy), et prénom qui va avec, genre Pamela, ou Claudia.
La chance !
YOUHOUHOU que je fais, YOUHOUHOU qu'elle s'arrête.
Et là, blam, c'est Tommy Lee Jones dans Le Fugitif, elle balance des ordres à tout va, les 15 voitures de pompier (ouais, 15 ! Forcément, quand on dit "un camion est rentré dans un bus, ça ramène du monde) ne la gênent même pas, pendant que moi, je me décompose dans un coin.
"Regardez le, il est tout blanc" j’entends même.
Ben oui, moi d'habitude, ça, c'est que dans GTA que ça m'arrive.
La semurval est là, les conseillers et experts, tous habillés de la même façon, cohorte de vautours assoiffés de sang, mais ma walkyrie est là, et les envoie paître.
Go on Girl !

Bon, quand même, comme je suis une petite lopette, je téléphone à ma maman.
Qui me rappelle que j'ai ma tournée à finir après tout ce merdier. Chouuuuuuuuuette.

La police arrive, et n'échappe pas à un jugement hâtif (mais qui se vérifiera plus tard) de ma part.
Jean Michel Patchouli, gardien de la paix avant tout (pour donner une vue d'ensemble).
Dépositions, on souffle dans le ballon (ouf, à cause de la poste, j'ai rien bu depuis des semaines, eh oui, Dany Boon a tort ! Même si certains collègues lui donnent aussi raison...)
Et hop, on part à la Semurval pour le constat.
Dans l'ensemble ils sont sympas, mais ça me soûle quand même d'avoir foutu un aussi gros bordel : voie express bloquée pendant plus d'une demi heures, des vieilles blessées qui voulaient enlever leurs jupes pour virer les minuscules morceaux de verre, surtout qu'en plus, MON DIEU, elles saignent aux jambes ! En gros la blessure qu'on a à 2 ans quand on fait que se casser la gueule mais bon... un autre a raté son entretien d'embauche, un gamin s'est cogné la jambe (juste pour manquer l'école oui !), un autre me dit que si j'avais eu une voiture j'étais mort, un autre se trouve drôle en me proposant d'envoyer le constat par la poste, et une masse informe se développe d'un coup, attiré tels des charognards par le spectacle de la violence.
Gros bordel quoi.
Et sans lance roquette pour une fois.

Pour arriver à la semurval (avec un système pour fermer les portes du camion encore plein de colis), on me file le kangoo pourrave de la chef d'équipe, avec UNE RADIO QUI NE MARCHE PAS !. Arrivé là bas, ambiance beauf, ça change pas de la poste.
La chef d'équipe fait des ravages, on ferra semblant de rire quand l'un des types dit bonjour à une photo de chien accrochée au mur (enfin plutôt un machin bavant imprimé sur l'imprimante familiale), des petits dessins, et hop, je transvide les paquets dans le Kangoo pourrave pour ... CONTINUER MA TOURNEE !!!! YOUHOUHOU !
(Bon, je triche un peu, je prend pas tout, de toute façon le Kangoo est trop petit)

Il est midi.
Je devrai avoir fini.
J'en aurais encore jusque 14h30 pour arriver chez moi.
Le pire dans tout ça, c'est qu'en plus j'ai complètement raté l'émission de Jean Marc Morrandini.
Chienne de vie.
Pendant ma tournée, the sequel, on me demande si je suis au courant d'un accident super grave arrivé entre un camion de la poste et un bus, ayant entraîné plusieurs blessés graves emmenés d'urgence à l'hôpital, et ayant détruit plusieurs voitures.
Je leur dis que c'est moi qui est à l'origine de tout ça.
La classe quand même.

Techniquement, je devrais pas trop avoir de problèmes, c'est l'assurance de la poste qui s'occupe de tout, mais il va ptet falloir que je retourne voir les flics.
Youpi.

Ah ça, je m'en souviendrais de mes années La Poste.
Les near death experience, faire 12h de boulot sans pause et sans manger (et être payé 6), tout ça...
Plus que deux jours.
J'espère que demain sera aussi mouvementé.
De toute façon, j'ai récupéré un nouveau constant d'assurance.
Juste au cas où.

2 commentaires:

maxwell a dit…

Trop classe ton article.
Vraiment bien écrit.

Les moules marinières j'en bouffe que quand je vais au bord de mer : la moule qui voyage trop c'est pas génial.

Désolé pour toi sinon. C'est tendance en fait d'avoir son accident en ce moment (je connais pas mal de gars qui en ont eu un ces derniers temps). J'ai pas encore eu le mien. Je tenterais bien le tonneau ou le chien écrasé (un saint-bernard pour que ma bagnole soit amoché aussi).

Sinon la foule rassemblée comme des vautours ça fait penser à pas mal de films (genre Edward aux mains d'argent) où tu te dis que c'est trop caricatural et que dans la vrai vie ça n'arrive jamais des situations pareilles.
Ben en fait si.

La prochaine fois appelle moi en renfort : j'viendrai leur péter la gueule à ces trous de balle de la Semurval.

Bad Taste a dit…

Quel dommage que Nagui (cité dans ton périple en plus) n'ai pas plutôt choisi cette anecdote lors de ton merveilleux et bouleversant passage à "Tout le monde veut prendre sa place".
C'est sympa l'anecdote de Clovis Cornillac, mais ça manque de rebondissements.

En tout cas, très joli récit, qui m'a mis la larme à l'œil, et le sourire au coin des lèvres. :-)

Bisous mon poussin.